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Le Monde - Le 9 mars 2005 - Benoit HOPQUIN
Dimanche 26 décembre 2004, à 10 h 40 heure locale, une vague déferlait sur le Sofitel Magic Lagoon de Khao Lak. Parmi les victimes figuraient 41 touristes français qui avaient élu ce luxueux hôtel de la côte thaïlandaise pour leurs vacances. Dix semaines ont passé, et nombre de familles attendent toujours que leur soient rendus les corps, afin de commencer leur travail de deuil. Certaines d’entre elles expriment aujourd’hui leur amertume et désespèrent de pouvoir un jour enterrer leurs morts.
L’Association de soutien aux victimes résidant au Sofitel Magic Lagoon de Khao Lak lors du tsunami du 26 décembre 2004 ( www.asso-victimes-khaolak.com ) a été créée fin janvier, "afin de s’assurer que tout est mis en œuvre pour rapatrier les corps". Elle regroupe les proches de 31 personnes ayant trouvé la mort dans cet hôtel.
"Nous avons fait confiance aux autorités, mais force est de constater que les choses avancent lentement,explique Jean-François Hartwig, porte-parole de l’association. Au début, on nous parlait de quelques semaines. On nous a ensuite dit quelques mois, et on évoque aujourd’hui quelques années. Nous avons l’impression d’être abandonnés par l’Etat français, qui ne fait pas tout ce qu’il faut. C’est une souffrance qui s’ajoute à la souffrance. Vous savez que le corps de l’être cher est là-bas, quelque part dans un sac, au milieu d’autres sacs, et qu’il attend."
Selon les chiffres officiels, 5 400 personnes ont péri en Thaïlande. Environ 4 800 corps, le plus souvent non identifiés, ont été retrouvés. Sur les 93 victimes françaises recensées dans ce pays, 22 dépouilles ont été rapatriées dans les jours qui ont suivi le tsunami. Une vingtaine de cadavres supplémentaires ont été identifiés depuis. L’association des victimes de Khao Lak fournit un autre décompte : sept des 31 morts auraient, à ce jour, été identifiés et trois seulement auraient été rapatriés.
DES ÉQUIPES PEU ÉTOFFÉES
L’association estime que l’organisation pèche encore largement, deux mois et demi après le désastre. En Thaïlande, mais aussi en France. Plusieurs ministères - affaires étrangères, justice, intérieur, droits des victimes - gèrent le dossier, sans coordination évidente. Les familles ont du mal à obtenir des informations. Si l’association loue la célérité et l’humanisme dont a fait preuve le parquet de Paris pour fournir les certificats de décès, elle estime n’avoir pas toujours été aussi bien écoutée. La première réunion avec les familles, en présence de plusieurs ministres, n’est d’ailleurs prévue que le samedi 19 mars.
La France a envoyé des équipes d’identification nettement moins étoffées que celles des autres pays occidentaux. Au total, 19 personnes travaillent sur place, quand sont recensés une centaine d’experts suédois, 72 Britanniques, 50 Allemands, 30 Australiens, Néerlandais et Norvégiens.
Des différences de normes entre la Thaïlande et Interpol sont très vite apparues dans les prélèvements ADN, ce qui rend certaines comparaisons difficiles et aléatoires. Les empreintes dentaires seraient le mode de recherche le plus rapide mais nombre de proches attendent toujours qu’on leur réclame les radios et autres signes qui permettraient d’établir un rapprochement. Des articles parus dans la presse thaïlandaise relatent des cafouillages qui effrayent les proches en France.
Toujours selon l’association, il y aurait également des difficultés à mettre en relation les données ante mortem et les données post mortem, faute de moyens humains et informatiques. "Beaucoup de choses sont à reprendre dans la procédure d’identification, mais les reprendront-ils ? s’interroge Jean-François Hartwig. La France a signé un protocole avec la Thaïlande, mais elle ne met pas assez la pression sur son gouvernement pour qu’il aille au bout des recherches."
Et d’évoquer les visites du roi de Suède, du ministre des affaires étrangères japonais, du secrétaire d’Etat américain ou des premiers ministres canadien, finlandais ou norvégien, quand la France s’est contentée d’émissaires de moindre rang...
La fille d’une victime de Khao Lak raconte comment, après avoir appelé le numéro - sans cesse occupé - de la cellule de crise du Quai d’Orsay, erré d’un bureau à l’autre et rempli des formulaires, elle a reçu, le jeudi qui a suivi la catastrophe, la nouvelle que sa mère avait été retrouvée en vie. "Le soir même, j’apprenais que l’information était fausse, raconte-t-elle. Le vendredi, j’ai su que le nom de ma mère avait carrément disparu des fichiers, que son dossier n’existait plus."
Le corps a finalement été identifié le 19 février par des experts anglais et néerlandais. Il a été rapatrié, vendredi 4 mars, dans un cercueil scellé que la famille n’a pas été autorisée à ouvrir avant l’inhumation. "Le corps devait être accompagné d’une puce avec le profil ADN et des effets que ma mère portait sur elle, explique la fille. Nous n’avons rien retrouvé de tout ça. Nous n’avons pas de possibilité de vérifier l’identité, sauf à le demander à la justice. Dans mon esprit, il restera toujours un doute."
"ON PROGRESSE"
D’autres familles ont trouvé sur des sites Internet des photos des effets portés par leurs parents au moment du drame. Mais elles restent sans nouvelles des corps. Les dépouilles ont été changées de place à de multiples reprises, de l’hôtel à un temple, puis à un site à Khao Lak, avant d’être transférées à Phuket. Des cadavres ont été incinérés ou jetés dans des fosses communes. Ce sont, officiellement, ceux de Thaïlandais.
"On progresse dans les recherches, assure Alain du Boispéan, représentant spécial du ministre des affaires étrangères chargé de la communication avec les familles. Mais il faut bien se rendre compte qu’on est dans un schéma sans précédent. La puissance publique fait le maximum, Michel Barnier est très attentif à cette question. Je comprends la douleur des familles. J’essaie de ne pas faire de promesses, mais je leur dis que nous avons une grande chance de retrouver le corps de leur proche. Seulement, le processus d’identification prend du temps."
Le ministère des affaires étrangères assure également qu’une réflexion est en cours sur les enseignements à tirer de cette crise.
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"Association de soutien aux victimes résidant au SOFITEL Magic Lagoon Resort de Khao-Lak lors du tsunami du 26 décembre 2004"
Association loi 1901 déclarée à la Préfecture de Police de Paris (n° 00169115 - JO du 12 mars 2005)
Agrément du Ministère de de la Justice au titre de l'article 2-15 du CPP (arrêté du 23 nov. 2005 - JO du 7 déc. 2005)
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