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Le 20 mars 2005
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Les familles réclament une information judiciaire

20 mars 2005 Le Monde Benoit HOPQUIN

Des questions, trop de questions, et pas assez de réponses. La réunion d’information et de dialogue avec les familles des victimes du tsunami, que devaient organiser, samedi 19 mars, à Paris, Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, et Nicole Guedj, secrétaire d’Etat aux droits des victimes, apportera-t-elle aux parents la certitude que tout a été fait après ce 26 décembre 2004 où une vague meurtrière emportait les leurs ?

Certains ont déjà exprimé des doutes sur la gestion du drame, sur les moyens déployés par les autorités françaises dans l’identification des cadavres. Ils craignent qu’un nom ne puisse jamais être mis sur tous les corps (Le Monde du 9 mars).

Trois mois après l’événement, les incertitudes, le sentiment d’impuissance taraudent des familles incapables de faire leur deuil. "Nous avons besoin de la vérité", explique Jean-François Hartwig, porte-parole de l’Association de soutien aux victimes résidant au Sofitel Magic Lagoon de Khao Lak. Dénonçant une certaine "opacité", cette organisation, qui regroupe les proches de 31 des 41 morts dans cet hôtel de Thaïlande, devait réclamer, samedi, une enquête.

Elle souhaite que le ministère de la justice demande au parquet d’ouvrir une information judiciaire. Non pour désigner à toute force des coupables, mais "afin de répondre aux questions que se posent les familles et qu’elles puissent retrouver la sérénité", résume M. Hartwig.

"D’AUTRES HÔTELS ÉVACUÉS"

L’association s’interroge notamment sur l’hécatombe du Sofitel : 166 des 466 clients et 54 des 395 membres du personnel ont été tués dans la tragédie. "Sur les 96 victimes françaises recensées dans toute la Thaïlande, 41 résidaient dans cet hôtel : la proportion est énorme. Le bilan est bien supérieur à celui des hôtels voisins de Khao Lak. Pourquoi tant de morts là et si peu à côté ?", demande un père qui a perdu ses trois enfants dans le drame. L’homme se souvient du tremblement de terre ressenti près de deux heures avant le tsunami. La mer s’est retirée "très loin, très vite", un quart d’heure avant de revenir déferler sur les installations.

Des témoins rapportent une intense agitation des responsables de l’hôtel à la réception dans les minutes qui ont précédé l’arrivée de la vague. "Il apparaît certain que le Sofitel a été prévenu. D’autres hôtels ont été évacués. Quelles ont été les procédures d’alarme ? Le risque de tsunami avait-il été envisagé ?", questionne cet homme.

Les parents ont également découvert un imbroglio juridique. L’hôtel n’appartenait pas au groupe Accor, mais à une société d’investissement allemande, Magic Lagoon. Accor n’avait que la gérance des bâtiments. Or dans les jours qui ont suivi le drame, toutes les références à Sofitel ou à Accor ont été biffées à la peinture, les panneaux portant leur nom ont été enlevés. Ne reste plus que la mention du propriétaire. "Accor veut-il ainsi se dégager de ses responsabilités ?", demande ainsi M. Hartwig.

Les travaux de déblaiement de l’hôtel n’ont toujours pas été engagés, trois mois après le tsunami. "Ce site est actuellement en cours d’évaluation par les assurances, indique un panneau à l’entrée du site. Nous regrettons de ne pouvoir en assurer le nettoyage ou le déblaiement avant le terme de cette expertise. Nous vous remercions de votre compréhension."

Une mère qui a perdu sa fille a constaté sur place ce statu quo. "Alors que le reste de Khao Lak a été nettoyé, là, rien n’a été fait, je n’ai pas compris, assure-t-elle. Et il m’a été interdit de prendre des photos." Naît une autre angoisse : et s’il restait des corps sous les gravats. "Les officiels que nous avons rencontrés ne l’ont pas exclu", assure M. Hartwig.

DRAPS DE BAIN EMBALLÉS

Alors que des familles attendent toujours l’identification des disparus et le rapatriement de leurs effets, des visiteurs ont été choqués de constater que le propriétaire de l’hôtel avait entrepris de récupérer tout ce qui restait de précieux sur les lieux.

La robinetterie, les appliques lumineuses ont été démontées, le linge, les draps de bain ont été emballés, jusqu’aux savates dans les chambres qui ont été réunies. Au milieu des décombres, des hommes briquent et emballent tout ce qui a une valeur.

Interrogé par Le Monde, le groupe Accor a expliqué "vouloir réserver ses réponses samedi aux familles des victimes" et comprendre leur douleur. Dans un communiqué précédent, la société affirme avoir envoyé aux familles un courrier "pour leur réitérer -son- soutien et leur proposer aide et assistance".

Elle affirme avoir envoyé sur place une équipe de 30 personnes dans les jours qui ont suivi le raz de marée et avoir débloqué une enveloppe d’urgence de 1 million d’euros. Jean-Marc Espalioux, président du directoire, se prévaut dans une lettre interne d’un hommage de Gilles de Robien, ministre des transports et du tourisme.

Accor affirme avoir mis en place une cellule de crise à Paris dès l’après-midi de la tragédie. Le groupe rappelle également le sacrifice d’un de ses employés, Abu Hurair, qui a perdu la vie en tentant de prévenir les vacanciers sur la plage et d’aider un couple allemand emporté par la vague.

 

 

 


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"Association de soutien aux victimes résidant au SOFITEL Magic Lagoon Resort de Khao-Lak lors du tsunami du 26 décembre 2004"
Association loi 1901 déclarée à la Préfecture de Police de Paris (n° 00169115 - JO du 12 mars 2005)
Agrément du Ministère de de la Justice au titre de l'article 2-15 du CPP (arrêté du 23 nov. 2005 - JO du 7 déc. 2005)
Membre de la FENVAC (Fédération Nationale des Victimes d'Accidents Collectifs)