Rencontre avec M. Alain Du Boispéan

Près de 15 jours après notre 1ère rencontre, et surtout après le déplacement de deux des membres de l’association deux jours durant sur le site de Phuket dans la zone d’identification, il nous est apparu comme nécessaire de rencontrer de nouveau M. Du Boispéan, en plus du contact téléphonique établi fréquemment avec notre interlocuteur qui se montre toujours disponible et à notre écoute.

L’association était représentée par Stéphane Gicquel et Edouard Auger.

1 - Un bilan.

Notre premier propos a été de demander à M. Du Boispéan de bien vouloir nous dresser le bilan des évènements intervenus depuis notre dernier RDV.

La première information importante est aujourd’hui le fait qu’il existe un bilan beaucoup plus précis des victimes françaises du Tsunami.

Ce bilan est précisément de 100 personnes, qui se répartissent en deux goupes : 85 décédés (ceux dont le corps a été retrouvé et ceux qui ont fait l’objet d’un jugement déclaratif de décès) + 15 disparus (pour qui on est en attente de ce jugement).

Surtout, il n’existe plus au 17 février de français classés dans la catégorie « sans nouvelles », c ‘est à dire des personnes dont les familles et proches n avaient ni contacts établis, ni la certitude qu’ils puissent se situer dans les zones frappées par le tsunami.

Sur ces 100 personnes, 97 se situent en Thaïlande et 3 au Sri lanka.

La seconde information concerne les premiers résultats concernant des identifications. En effet, à ce jour, 7 corps ont été identifiés en Thaïlande et 1 au Sri Lanka. Concernant ces identifications, notre interlocuteur ne veut pas nous préciser à quel endroit se trouvaient ces personnes au moment du tsunami. Nous obtenons seulement deux précisions supplémentaires : d’une part, les familles sont prévenues avant qu’une identification est annoncée et d’autre part le rapatriement des corps vers la France est à la charge des familles via leurs contrats d’assurance et d’assistance. Ce dernier point est en contradiction avec l’information que nous avions obtenu aupèrs du Secrétariat aux droits des victimes donc l’association va demander des précisions auprès du cabinet de Mme Guedj. Ce point fera l’objet d’une mise au point prochainement sur ce site.

La troisième évolution depuis notre premier rendez-vous est la création d’une cellule d’assistance aux familles sous l ‘égide des services de Mme GUEDJ pour répondre aux préoccupations et aux difficultés pratiques que peuvent rencontrer les familles. Elle regroupera 5 correspondants des grandes administrations et permettra un traitement efficace, du moins on l’espère, en permettant plus facilement d’identifier un problème particulier et d’orienter le demandeur vers le bon interlocuteur qui sera déjà au courant de la particularité de la situation du demandeur.

Dès que nous aurons le numéro de téléphone de cette cellule nous le mettrons évidemment en ligne.

2 - les difficultés persistantes.

Sur le point crucial de l’identification des corps nous ne pouvons que constater la persistance de nombreuses difficultés et donc interrogations.

Le premier point que nous mettons encore en évidence, c ‘est aujourd’hui une litanie, c’est le manque d’information aux familles. Clairement, nous renouvelons notre demande d’une réunion d’information avec des spécialistes qui seraient d’une part à même de nous expliquer ce qui se passe concrètement sur place et d’autre part qui devraient également répondre aux questions que se posent les familles.

Aujourd’hui, le principe de cette réunion nous semble enfin acté mais concernant la date et les modalités de cette réunion cela semble encore largement indéterminé.

Pour nous, c’est clairement une priorité et on attend un engagement fort de la part des autorités à ce sujet.

Une grand part des informations dont nous sommes détenteurs aujourd’hui résulte du travail déterminé et important de nos membres résidant en Thaïlande.

Le deuxième point d’incertitude, pour ne pas dire d’inquiétude, vient une nouvelle fois du déroulement des opérations d’identification.

Notre travail d’investigation sur place met en évidence un certain nombre de difficultés à propos desquelles nous demandons une réponse.

-  Sur les données « ante mortem » (empreintes digitales et dentaires, prélèvements ADN sur les parents vivants) dont il est apparemment impossible de verifier qu’elles sont bien entrées dans la base de données alors que certaines sont suscpetobles d’être erronées ou incomplètes.

M. Du Boispéan n’apporte pas véritablement de réponses, constant juste là que ces méthodes de travail et la répartition entre les autorités locales et internationales sont les mêmes pour tous les pays. Il nous fait part quand même de son voyage les jours prochains à Phuket pour appréhender plus concrètement cette situation.

-  Sur la mise en place du logiciel informatique à même de rapprocher les données ADN ante et post mortem.

M. Du Boispéan confirme notre information que le logiciel n’est pas encore opérationnel. Vu l’ampleur de l’opération de traitement de données ADN qui est une 1ère, ce logiciel est en cours de conception pour un coût final de 2 millions de $. Il nous est donné l’assurance que le montage financier est en cours entre les différents pays et qu’il ne posera pas de problème. Nous prenons acte.

-  Sur le traitement des prélèvements post-mortem d’ADN qui pour nous est source d’inquiétudes eu égard aux normes employées (cf 1er entretien).

M. Du Boispéan fait en toute franchise état de difficultés avec le laboratoire chinois qui est censé tiré le fichage ADN du corps. En effet, sur un échantillon de 200 prélèvements, dans seulement 12 % des cas, on aurait pu sortir ce fichage ADN. D’autres laboratoires vont donc être sollicités pour traiter ces prélèvements, notamment en Australie et en Corée du Sud. Nous suggérons que le problème peut autant venir effectivement du laboratoire que de la qualité intrinsèque de l’ADN prélevé. Nous obtenons pas de réponse claire et certaine tant il est vrai que sur cette question nous nous situons dans la sphère de compétences d’experts, ce qui légitime tout à fait la nécessité d’une réunion familles/experts.

Toutes ces questions sur la mise en place du processus ADN expliquent en tout cas que les identifications intervenues jusqu’à présent aient été faites sur la base des empreintes dentaires principalement ?

Le protocole retenu exige que toute identification repose sur un des trois éléments constitutifs de la base DVI cad ADN - empreinte digitale - empreinte dentaire.

-  Sur la répartition des corps, nous demandons également des éclaircissements officiels tant sur le nombre que sur leur localisation géographique.

M. Du Boispéan confirme les informations que nous détenons même si sur le nombre précis il existe un manque de transparence flagrant et regrettable.

Il existe aujourd’hui deux sites entre lesquels sont répartis les corps.

Le site 2 à Phuket où travaille les équipes et qui peut opérer entre 50 et 80 prélèvements ADN post mortem / jour. 1600 corps auraient fait l’objet d’un prélèvement en sus des autres actions au niveau des empreintes dentaires et digitales sur certain de ces corps.

Le site 1 est situé dans la zone de Takuapa subdivisé entre Yan Yao et à Bang Muang. Il y aurait alors sur place entre 1700 et 2300 corps, dont jusqu’à 700 occidentaux. Il est impossible, et cela est étonnant, d’obtenir un chiffrage plus précis et toute discussion tourne vite à la confusion la plus grande. La question précise est donc de voir dans quelles conditions et délais ces corps peuvent être transférés sur Phuket pour traitement post mortem. Aucune réponse nous a été donnée et nous devons nous contenter d’un engagement à obtenir au plus vite des précisions sur ce point.

Au terme de cet entretien, nous assurons donc notre interlocuteur de notre détermination à procéder à un suivi précis et exigeant des questions soulevées lors de notre entretien et nous sommes clairement en attente de réponses, qui nous l’espérons trouveront prochainement un écho dans une réunion d’information avec les familles.

 

 

 


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